Droit de Naître propose à vos réflexions .....
Une conférence prononcée par Madame le Professeur Rosine Chandebois
sur "L'embryon, cet inconnu"
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Les exploits réalisés grâce aux progrès des biotechnologies font trop souvent oublier que la science fondamentale, dont on tire des projets d'application à l'Homme, n'est pas infaillible. Ainsi, les succès des clonages et des greffes de cellules embryonnaires sont loin d'être garantis. Comme le laisse entendre le titre de ce livre, bien des lacunes et des erreurs persistent dans la science officielle à l'origine de ces progrès. Un large débat entre spécialistes s'impose.
Ayant enseigné pendant quarante ans l'embryologie expérimentale aux facultés des Sciences et de Médecine de Marseille (2e et 3e cycles), Rosine Chandebois a constaté que les théories et les concepts proposés pour expliquer l'émergence de la forme au cours du développement ne cadraient pas avec l'ensemble des résultats des travaux effectués par les embryologistes depuis la fin du 19e siècle. Il fallait donc reprendre le problème à la base, en faisant la synthèse des faits — sans tenir compte des interprétations qui leur ont été données. A cette fin, l'auteur a effectué à l'institut international d'Utrecht des recherches bibliographiques dont les résultats, exposés dans quatre livres, apportent également des solutions à des problèmes fondamentaux dans les domaines de la génétique et de l'Evolution.
Dans ce nouvel ouvrage, Rosine Chandebois résume le concept déduit de cette synthèse et en tire de sérieuses objections à l'encontre des projets de clonage — reproductif et thérapeutique — et des greffes de cellules embryonnaires. Par ailleurs, l'auteur montre qu'étant fondé sur les mêmes principes fondamentaux, le fonctionnement des sociétés humaines aide à mieux comprendre le développement animal, et vice-versa.
L'ouvrage se termine par une réflexion philosophique de Michel Lefeuvre sur les questions de méthode, d'épistémologie et de métaphysique qui incite à le lire avec attention, tant il est riche d'enseignements et ouvre des horizons nouveaux.
INTRODUCTION
Petit exposé en exclusivité pour Droit de Naître
par Madame le professeur Rosine Chandebois.Droit de Naître a connu son dernier livre, l’Embryon cet inconnu, et nous avons été impressionnés par le texte de la quatrième de couverture, l’ouvrage se termine par une réflexion philosophique de Michel Lefeuvre sur les questions de méthodes, d’épistémologie et de métaphysique qui incitent à le lire avec attention tant il est riche d’enseignement et ouvre des horizons nouveaux.
Ce livre a été cite lors d'une émission de France CultureCeci nous a donne l’idée de reprendre les ouvrages d’embryologie qu’elle a publiés auparavant :
Le gène et la forme ,Préface de René Thom
« ...un livre essentiel et les travaux que nous conduisons sur le cancer trouvent parfaitement leur place — du point de vue théorique — aux côtés de votre vision du gène et de la forme » Professeur Jean Paul ESCANDE.
« ...vos pénétrantes et définitives analyses. C’ est magistral ». Professeur M DE CORTE (Liège)
« Remarquable par le travail considérable qu’il représente, sa clarté et souvent par...le pH de son humour ». Professeur L.M VINCENT
Un de ses livres L’automatisme du développement animal, a été écrit sur invitation du professeur A Wolsky du New York Medical Center.
Le Professeur Rosine Chandebois est professeur honoraire de l’université de Provence et a enseigné pendant 40 ans l’embryologie expérimentale aux facultés de Sciences et Médecine de Marseille (2ème et 3ème cycles).
Tout le travail de recherche bibliographique a été fait fait à l’institut International d’embryologie d’Utrecht (laboratoire Hubert).
PROLOGUE
Ce très grave problème que pose actuellement notre société, le refus du respect de l`embryon humain dès sa conception, je l`aborderai d`un point de vue exclusivement scientifique.
De prime abord, cette démarche a de quoi surprendre puisqu`on accuse la science – la biologie en particulier – d`avoir causé des désastres en raison de son influence sur les comportements spirituels et intellectuels.
Or, comme l`ont fait remarquer le philosophe Marcel De Corte et le grand zoologiste Pierre-Paul Grassé, la science n`est pas responsable, mais le mauvais usage que l`on en fait.
En biologie, lorsque deux partis opposés s`affrontent, c`est parce que dans l`un des deux – sinon dans les deux – on ignore des faits importants, soit volontairement, soit parce que ces faits ne relèvent pas directement de leur spécialité.
Mais c`est aussi en raison des méthodes adoptées.
Trop souvent, on fabrique des théories, des solutions plus ou moins imaginaires et justifiées a posteriori par des faits concordants au lieu de faire la synthèse des faits connus, qui doit être rectifiée chaque fois que de nouvelles connaissances l`imposent.
Comme l`a dit Grassé, le seul verdict qui compte, c`est celui que rend le tribunal du réel, du concret — un verdict prononcé après l'audition des parties adverses.
C`est pourquoi le but de cet exposé, c’est de jeter les bases d’une discussion pour provoquer "ce choc des idées d`où jaillit la lumière."
CONFÉRENCE "DROIT DE NAÎTRE"
Jamais on n’a autant entendu parler de l’embryon que depuis la fin du XXème siècle. Mais il faut préciser : de l’embryon humain, car on parle très peu de ceux des animaux qui ont servi de matériel expérimental pour élucider les mécanismes de leur développement.
Ce que l’on cherche, en effet, c’est à libérer les humains des contraintes de la morale naturelle. C’est : un enfant si je veux, quand je veux, comme je le veux. Par ailleurs, il faut satisfaire les ambitions et la cupidité de certains chercheurs en autorisant la fabrication de nouveaux remèdes avec l’embryon humain. Donc, à la morale, naturelle, on a substitué la bioéthique.
Ses lois, on les justifie par les progrès scientifiques : elles sont en fait imposées par un "scientifiquement correct" placé sous haute surveillance, fabriqué pour démontrer que le vivant n’est pas l’œuvre d’une Intelligence supérieure. Jacques Monod l’a clairement exprimé dans les deux dernières phrases de son fameux livre "Le hasard et la nécessité" : « L’homme sait enfin qu’il est seul dans l’univers indifférent ou il est apparu par hasard. Pas plus que son destin, son devoir n’est inscrit nulle part ».
Or les résultats des observations les plus superficielles et des interventions micro chirurgicales les plus simples qui ont été faites pendant un siècle sur des embryons défient l’imagination. Les déplacements des cellules impliqués dans la formation des ébauches des organes sont d’une telle complexité et d’une telle précision qu’on les a comparés à des figures de ballets. Et il est surprenant de constater qu’à la suite de certaines modifications topographiques l’embryon se répare de lui-même.
On comprend qu’il aura fallu inventer et imposer une nouvelle méthode de recherche pour éviter toute confrontation avec des réalités qui dérangent. Cette méthode, c’est ce qu’on a appelé le "réductionnisme hiérarchique" - fondée sur l'affirmation que, chez le vivant, tout s’explique par la molécule et que les analyses aux échelles organique et cellulaire n’ont fait qu’embrouiller les idées. La justification de Dawkins a le mérite d’en faire mieux comprendre l’absurdité "Dans l’automobile, tout s’explique par la particule. C’est par commodité que l’on parle en termes de cylindres et de pistons".
Les raisonnements qui ont réussi à imposer de telles aberrations, on les trouve dans le fameux livre de François Jacob : "La logique du vivant". L’auteur a commencé par fausser la définition de l’objectivité scientifique.
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Il rappelle l’obligation de rejeter toute interprétation des phénomènes naturels par des interventions supra-naturelles — ce qu’aucun biologiste ne saurait contester.
Mais ce qu’il ne dit pas, c’est qu’en accumulant des faits auxquels on a donné des explications rationnelles, ce qu’on découvre dépasse l'entendement.
Force est alors de faire dire à la science que la vie ne peut pas être l’œuvre du hasard. Jacob a éludé le problème en faisant l’amalgame entre ce qui est supposé, et ce qui est déduit avec la démarche scientifique, d’autant plus facilement que les techniques utilisées forcent l’admiration.
Ainsi, Jacob a présenté à sa manière l’organisme animal.
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Grâce à l'analyse expérimentale, on sait qu'il représente un système constitué par une hiérarchie de sous-systèmes : les organes qui dépendent les uns des autres pour fonctionner normalement, composés des cellules qui communiquent entre elles, chacune étant un système de molécules. Jacob, lui, a défini l'organisme et ses sous-systèmes comme des "assemblages" qu’il appelle des "intégrons". II a bien précisé : « On retrouve ici la logique des cristaux ». Il a prétendu qu’en chacun d’eux l'organisation est contrôlée par des gènes. Dans l'impossibilité d’expliquer comment l'ADN a pu créer les intégrons, il a prétendu qu’on ignore tout de la façon dont se développe un animal.(voir tableau 2)
D'avoir ainsi réussi à faire croire que la science oblige à considérer les être vivants comme des bricoles du hasard allait justifier le droit d'interrompre la vie humaine à ses tout débuts. Sachant que l'individu est un système dynamique enclenché lors de la fusion du spermatozoïde avec l'ovule, il faut admettre que l'œuf fécondé et le vieillard à l’agonie sont les deux extrémités d'une même trajectoire. En raisonnant de la même manière que ceux qui ont légalisé l’avortement, on pourrait autoriser l'assassinat de clochards sous anesthésie générale, puisqu'ils sont rejetés par leurs familles et mal acceptés par les gens du quartier — ou encore parce qu’on pourrait donner leurs organes à la médecine.
Avec le réductionnisme hiérarchique a été imposée l'idée que le développement d’un animal représente l'exécution d'un programme génétique, codé en séquences de nucléotides dans l’ADN chromosomique. D’où l’idée du clonage. Si un noyau quelconque prélevé dans un tissu d’un adulte est substitué à celui d‘un oeuf de la même espèce, l’organisme développé doit avoir exactement le même génotype que le donneur du noyau. Comme on projetait de transférer à des malades des cellules prélevées dans des embryons humains, on affirma qu'avec cette méthode il n’y aurait aucun risque de rejet immunitaire.
Or on a ignoré les résultats des premiers clonages réalises en 1956 chez des amphibiens: les noyaux perdent les capacités de celui de l’œuf à un stade du développement plus au moins avancé selon les tissus, ce qui se manifeste chez l'embryon cloné par le blocage du développement à un stade plus au moins précoce. Ces résultats sont justifiés par des rejets de chromosomes ou de fragments de chromosomes observés au microscope à des stades précis de la différenciation de divers tissus.
Par ailleurs, en élaborant les projets de clonage, on a ignoré que, depuis longtemps, on a identifié des copies des gènes dans le cytoplasme des ovules de certaines espèces animales.
Il y a tout lieu de penser que ces copies sont intégrées dans les noyaux au cours de la segmentation de l’œuf. Ces faits auraient dû être vérifiés en ce qui concerne les ovules humains avant d’affirmer qu’avec le clonage on obtiendrait une copie conforme du donneur du noyau.
Ce qui a suscité des critiques à l’encontre des résultats des premiers clonages, c'est le transfert des noyaux à l’aide d’une micro pipette. Pour avoir l'assurance qu'il n’est pas lésé, on a fait fusionner l'ovule énucléé avec une cellule prélevée dans un tissu du donneur.
Le succès de la méthode a été justifié par la naissance de la brebis Dolly. Mais on n’a pas cherché à expliquer pourquoi les autres oeufs clonés de la même manière (247) n'ont pas engendré d’embryons après s’être segmentés.
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Ces échecs, pourtant, étaient prédictibles. La genèse des ébauches des organes est enclenchée à la suite des déplacements d’une partie des cellules engendrées par la segmentation de l’œuf qui apportent à d’autres les informations dont elles ont besoin pour continuer à se différencier et à former les ébauches des organes. On sait depuis longtemps qu’une légère modification dans leur activité métabolique (par exemple une simple addition de sel dans l’eau pour les œufs de grenouille) se répercute sur leur comportement. Il est évident que ce genre d’accident est inévitable lorsqu’une cellule prélevée sur un organisme adulte est greffée sur un ovule énucléé, puisqu’elle libère dans son cytoplasme des molécules qui lui sont étrangères. (voir tableau 3)
Supposons que grâce à des progrès de la recherche fondamentale, on ait découvert un moyen infaillible pour que des cellules embryonnaires transférées à un organisme développé ne soient pas rejetées. Encore faudrait-il avoir l’assurance que ces cellules pourront s’intégrer normalement. Pour cela, il faudrait que, dès le stade peu avancé du développement où elles acquièrent leur identité tissulaire définitive, les cellules embryonnaires se mettent à fonctionner exactement comme celles du tissu adulte dans lequel elles doivent s’intégrer, ou bien qu’elles reçoivent de leur nouvel environnement les informations nécessaires à l'achèvement normal de leur différenciation.
Les résultats incontestables d’expériences très simples suffisent pour affirmer que cette intégration est impossible. Par exemple, la métamorphose du têtard en grenouille est enclenchée par l’entrée en fonction de la thyroïde. Sous l’influence de la thyroxine qu’elle libère dans la circulation sanguine, certains tissus deviennent fonctionnels (notamment le poumon), d’autres modifient leurs synthèses (la peau qui était noire devient verte). On peut déclencher une métamorphose anticipée en injectant cette hormone à un têtard, mais le traitement n’a pas d’effet s’il est pratiqué avant l’apparition des opercules qui recouvrent les branchies. Cela montre que les tissus ne sont pas encore compétents pour répondre normalement à la modification de leur environnement lorsque I’hormone apparaît dans le sang.
Certains chercheurs ont jugé plus commode de fabriquer in vitro les tissus destinés à être greffés. Probablement, cette méthode ajoute une cause supplémentaire d'échecs. Certaines expériences ont en effet montré qu’un tissu de l’embryon dont on a modifié l'environnement avant son induction (par exemple si on a remplacé son inducteur naturel in vivo) est incapable de s’organiser normalement.
On a également ignoré que les cellules peuvent changer d’identité tissulaire jusqu’a un stade plus ou moins avancé du développement si un changement de cohésion leur est imposé – ce qu’on appelle une "transdifférenciation".
Ce fait a été sans doute négligé parce qu’il est incompréhensible si on attribue à une réactivation des gènes l’acquisition de l’identité tissulaire définitive.
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Or, l’analyse biochimique a révélé que bien avant une induction les cellules entretiennent et amplifient la synthèse des molécules spécifiques des deux tissus qu’elles pourront engendrer. Après l'induction, dans le tissu induit comme dans le tissu non induit, des molécules spécifiques de l’autre tissu sont ralenties.
Ces métabolismes larvés subsistent plus ou moins longtemps, parfois même subsistent chez l’adulte. Un changement de cohésion imposé aux cellules suffit alors pour que leur rendement soit amplifié, que le seuil de différenciation soit dépassé. C'est ce qu’on appelle une trans-différenciation. (voir tableau 4 ) Il y a donc tout lieu de craindre que ce phénomène se produise en raison du choc provoqué par le transfert des cellules embryonnaires dans un organisme adulte.
II ne faut pas non plus négliger le fait que l'organisme adulte est un système dont l'organisation est maintenue par une communication incessante entre les cellules. Une modification topographique résultant de l'introduction de cellules même normales peut entraîner la dédifférenciation de certaines cellules voisines ou leur cytolyse, ou modifier leur taux de prolifération. — en fin de compte, provoquer la cancérisation.
Alors que j'achevais la préparation de cette conférence, les médias ont annoncé une nouvelle prouesse technique qui suscite l'admiration en même temps qu’elle met fin à certains préjugés sur les mécanismes de la différenciation cellulaire. II est maintenant possible de ramener certaines cellules de l’organisme adulte à l’état de cellules souches embryonnaires, et donc, par des traitements appropriés, on compte fabriquer des tissus comme avec les cellules souches embryonnaires. On comprend que les défenseurs du droit de naître ont déjà manifesté leur satisfaction.
Mais on sait que l’acquisition de l’identité tissulaire n’est pas avec celle de propriétés du tissu de l’adulte. Avec leur transfert à des malades, on peut s’attendre à des homicides involontaires — comme ceux qui ont résulté des essais de thérapies géniques aux U.S.A. relatés par le journal britannique "The Guardian" avril 2000 (691 décès ou aggravation de l’état des patients ).
Voila pourquoi il est urgent de reconsidérer les acquis de l'embryologie expérimentale, dont l’enseignement a été supprimé dans des facultés de médecine et des sciences, sous prétexte qu’il n'intéressait plus personne, remplacé par une biologie du développement qui, soumise au réductionnisme hiérarchique, ignore l'embryon réel.